Chinois et japonais partagent des caractères, une aire géographique et une réputation de langues difficiles. Pour le reste, tout les sépare : structure grammaticale, prononciation, systèmes d’écriture, opportunités professionnelles. Choisir l’une plutôt que l’autre, c’est d’abord comprendre ce qui les distingue vraiment.

Ce que les deux langues ont vraiment en commun

L’erreur la plus répandue est de croire que le chinois et le japonais sont proches parce qu’ils partagent des caractères. Cette proximité visuelle cache une réalité très différente. Le japonais a emprunté les caractères chinois (appelés hanzi en chinois, kanji en japonais) au IIIe siècle. Cet emprunt était purement graphique : les deux langues n’ont aucun lien de parenté génétique. Le chinois appartient à la famille sino-tibétaine. Le japonais est une langue isolat, sans famille linguistique établie. Ce qu’ils partagent concrètement :
  • Un grand nombre de kanji/hanzi identiques ou très proches en termes de forme
  • Des mots d’emprunt d’origine chinoise présents en japonais (on’yomi, lecture sino-japonaise)
  • Une écriture verticale possible dans les deux langues
  • Aucune alphabet phonétique à la base : les deux langues s’apprennent par les caractères
Ce qu’ils ne partagent pas : la grammaire, les tons, la phonologie, et l’ensemble du vocabulaire courant.

La grammaire : avantage chinois

La grammaire chinoise (mandarin) est souvent décrite comme l’une des plus simples parmi les langues majeures. Les verbes ne se conjuguent pas. Il n’y a pas de genre grammatical. Pas de pluriel marqué. Le temps est exprimé par des marqueurs temporels (hier, demain, déjà) plutôt que par des terminaisons verbales. La grammaire japonaise est plus complexe. Les verbes se conjuguent selon le temps, le mode et le niveau de politesse. Le japonais possède un système élaboré de registres de politesse (keigo) qui change la forme des verbes et des noms selon la relation entre interlocuteurs. L’ordre des mots est Sujet-Objet-Verbe, à l’opposé du français.
Aspect grammatical Chinois (mandarin) Japonais
Conjugaison des verbes Aucune Oui (temps, mode, politesse)
Genre grammatical Aucun Aucun
Pluriel Non marqué Souvent non marqué
Ordre des mots Sujet-Verbe-Objet Sujet-Objet-Verbe
Particules grammaticales Rares Nombreuses et obligatoires
Niveaux de politesse Légers Système complet (keigo)
Difficulté globale (grammaire) Plus simple Plus complexe

La prononciation : avantage japonais

Le mandarin est une langue tonale à quatre tons. Le même son prononcé avec une hauteur différente change complètement de sens. Le mot ma (妈/麻/马/骂) peut signifier mère, chanvre, cheval ou injure selon le ton utilisé. Pour un francophone qui n’a jamais pratiqué de langue tonale, c’est le défi le plus déstabilisant du chinois.
Ton Symbole Description Exemple avec ma
1er ton ā Haut et plat 妈 (mère)
2e ton á Montant 麻 (chanvre)
3e ton ǎ Descendant puis montant 马 (cheval)
4e ton à Descendant 骂 (injurier)
Le japonais ne possède pas de tons lexicaux. Sa phonologie est composée de syllabes simples (consonne + voyelle). Les voyelles sont au nombre de cinq, comme en espagnol ou en italien. Pour un francophone, la prononciation japonaise est largement intuitive dès les premières semaines.
À lire aussi  Le verbe avere (avoir) en italien : conjugaison à tous les temps
Aspect phonétique Chinois Japonais
Système tonal Oui (4 tons) Non
Nombre de voyelles Plusieurs diphtongues complexes 5 voyelles simples
Structure syllabique Variée Très régulière (CV)
Accessibilité pour francophones Plus difficile Plus accessible

L’écriture : deux défis différents

Le chinois n’utilise qu’un seul système d’écriture : les caractères (hanzi). Un niveau de lecture courante demande environ 2 000 à 3 500 caractères. C’est un investissement important, mais unique : une seule chose à apprendre. Le japonais utilise trois systèmes en parallèle :
  • Hiragana () : syllabaire phonétique de 46 syllabes, base de la langue écrite
  • Katakana () : second syllabaire de 46 syllabes, utilisé pour les mots étrangers et certains termes techniques
  • Kanji () : caractères d’origine chinoise, environ 2 136 dans le standard officiel japonais (jōyō kanji)
Un texte japonais courant mélange les trois systèmes dans la même phrase. Chaque kanji a généralement deux prononciations : une lecture japonaise originelle (kun’yomi) et une lecture d’emprunt chinois (on’yomi). Un caractère comme se lit yama (montagne en japonais natif) ou san (emprunt chinois), selon le contexte.
Système d’écriture Chinois Japonais
Nombre de systèmes 1 (hanzi) 3 (hiragana + katakana + kanji)
Caractères pour la presse 2 500 à 3 500 2 136 kanji jōyō + 2 syllabaires
Prononciations par caractère 1 (+ tons) 2 ou plus (on’yomi et kun’yomi)
Complexité de l’écriture Complexe Encore plus complexe
Point positif Un seul système à maîtriser Hiragana appris en quelques semaines
Le point favorable du japonais : hiragana et katakana s’apprennent en deux à quatre semaines. Dès ce stade, n’importe quel texte japonais est déchiffrable phonétiquement, même sans comprendre les kanji. En chinois, chaque caractère inconnu est un mur opaque.

Les opportunités professionnelles

Le choix d’une langue pour des raisons professionnelles mérite une lecture honnête du marché. Le chinois mandarin est la langue maternelle de plus d’un milliard de personnes. La Chine est la deuxième économie mondiale et le premier partenaire commercial de nombreux pays européens dans les secteurs du commerce, de la logistique, de l’industrie manufacturière et des nouvelles technologies. La demande de locuteurs francophones en mandarin reste structurellement élevée et peu couverte. Le japonais est la langue du Japon, troisième économie mondiale. Les secteurs dans lesquels le japonais est un atout réel incluent la technologie (robotique, semi-conducteurs, jeux vidéo), l’automobile (Toyota, Honda, Nissan), la culture (manga, anime, gastronomie) et le tourisme. Le japonais est moins parlé hors du Japon, ce qui en fait un levier de différenciation plus ciblé.
Critère professionnel Chinois Japonais
Nombre de locuteurs natifs 1,1 milliard+ 125 millions
Poids économique du pays 2e économie mondiale 3e économie mondiale (4e en 2023)
Secteurs porteurs Commerce, industrie, tech, finance Tech, automobile, culture, tourisme
Rareté du profil bilingue Élevée (fort avantage) Très élevée (avantage différenciant)
Utilité en voyage Chine, Taiwan, Singapour, diaspora Japon quasi exclusivement
À lire aussi  Le passé simple en italien (passato remoto) : formation et utilisation

Le transfert d’apprentissage : apprendre l’un aide-t-il pour l’autre ?

C’est la question que peu de comparatifs posent. La réponse est asymétrique. Apprendre le chinois en premier facilite significativement l’apprentissage du japonais ultérieur. Les raisons sont concrètes : les kanji japonais sont en grande partie des hanzi chinois (souvent légèrement modifiés dans leur forme traditionnelle ou simplifiée). Un sinophone reconnaît visuellement une large partie des kanji dès le départ. La compréhension des radicaux (composants des caractères) est directement transférable. Apprendre le japonais en premier aide beaucoup moins pour le chinois. Les kana (hiragana et katakana) n’existent pas en chinois. La grammaire japonaise est très différente de la grammaire chinoise. Et les tons du chinois restent à acquérir de zéro. Si l’objectif est d’apprendre les deux langues à terme, commencer par le chinois est la stratégie qui maximise le retour sur investissement global. Pour aller plus loin dans cette direction, les cours de chinois en ligne permettent de poser les bases des caractères et des tons avant d’aborder le japonais.

Lequel choisir selon son profil

Il n’existe pas de réponse universelle. Les critères qui font pencher la balance dans un sens ou dans l’autre sont personnels.
Profil Langue recommandée Raison principale
Objectif commercial / Asie orientale Chinois Volume de marché et débouchés directs
Passion pour la culture japonaise (manga, anime, jeux) Japonais Motivation durable, accès immédiat à un contenu riche
Voyage au Japon prévu Japonais L’anglais est peu parlé au Japon ; le japonais change l’expérience
Facilité de prononciation recherchée Japonais Pas de tons, phonologie simple
Grammaire simple souhaitée Chinois Pas de conjugaison, structure plus proche du français
Veut apprendre les deux à terme Chinois en premier Les kanji appris facilitent les kanji japonais
Travail ou études au Japon Japonais Obligatoire pour l’intégration réelle dans la société japonaise
Un seul conseil fait l’unanimité parmi les apprenants expérimentés : ne jamais commencer les deux en même temps. Les systèmes d’écriture et les sons se mélangent. Le cerveau ne peut pas construire deux structures aussi différentes simultanément sans les interférer l’une avec l’autre. Choisir l’une, aller jusqu’à un niveau B1-B2, puis s’attaquer à l’autre. Pour ceux qui souhaitent explorer la voie japonaise, les cours de japonais couvrent les syllabaires et les bases grammaticales dès les premières leçons.