En bref
- Chiffre officiel : 2 136 kanji (Jōyō Kanji) pour l’alphabétisation complète.
- Niveau conversationnel : 1 000 kanji couvrent 90% des textes courants.
- Niveau débutant (JLPT N5) : 80 à 100 caractères suffisent pour commencer.
- Priorité : La fréquence d’utilisation prime sur la quantité totale.
- Lecture vs Écriture : Savoir les lire est plus urgent que savoir les tracer de mémoire.
La question du nombre de caractères effraie souvent ceux qui débutent le japonais. On entend parler de milliers de signes et l’objectif semble inatteignable. Pourtant, il n’est pas nécessaire de tout connaître pour parler, lire un manga ou se débrouiller lors d’un voyage. Regardons les chiffres réels et définissons des objectifs concrets.
Les chiffres officiels : la liste des Jōyō Kanji
Le ministère de l’Éducation japonais a établi une liste standardisée. Elle s’appelle les Jōyō Kanji (常用漢字, じょうようかんじ), ce qui signifie littéralement « kanji à usage commun ».
Cette liste contient exactement 2 136 caractères. C’est le standard attendu d’un élève à la fin du lycée au Japon. Si vous connaissez ces 2 136 signes, vous pouvez lire le journal, les documents administratifs et la grande majorité des livres sans avoir besoin d’un dictionnaire.
Cela représente un volume conséquent. C’est l’objectif final pour une maîtrise totale de l’écrit. Mais pour un apprenant étranger, viser ce chiffre dès le départ est une erreur stratégique. La progression dans l’apprentissage des kanji se fait par paliers.
La réalité du quotidien : combien pour comprendre 90% ?
Les statistiques linguistiques nous montrent une réalité plus encourageante. La fréquence d’apparition des caractères n’est pas linéaire. Certains kanji reviennent dans presque toutes les phrases, tandis que d’autres n’apparaissent qu’une fois par an.
Voici la répartition statistique de la couverture de lecture :
| Nombre de Kanji connus | Pourcentage de compréhension d’un texte standard |
|---|---|
| 500 | Environ 75% |
| 1 000 | Environ 90% |
| 2 000 | Environ 99% |
Avec seulement 1 000 caractères, vous comprenez déjà 90% de ce qui est écrit dans un journal ou sur un site web. Les 10% restants se déduisent souvent par le contexte ou se cherchent rapidement. Pour un voyageur ou un expatrié, connaître les 500 plus fréquents change déjà radicalement la vie quotidienne.
Les paliers d’apprentissage : le système JLPT
Le test officiel de compétence en langue japonaise, le JLPT (Japanese-Language Proficiency Test), découpe l’apprentissage en 5 niveaux. C’est le meilleur baromètre pour fixer vos objectifs.
Niveau N5 : Les bases de la survie (80 – 100 kanji)
C’est la première marche. Ici, on apprend les chiffres, les jours de la semaine, les directions et les verbes d’action basiques.
Exemples typiques :
– 一 (ichi, un), 二 (ni, deux), 三 (san, trois)
– 人 (hito, personne)
– 日 (hi/nichi, jour/soleil)
– 食べる (taberu, manger)
– 行く (iku, aller)
À ce stade, vous pouvez lire des prix, des dates et des phrases très simples.
Niveau N4 : La vie quotidienne (environ 300 kanji)
En ajoutant 200 caractères aux précédents, vous atteignez le niveau N4. Le vocabulaire s’enrichit avec des termes liés à la famille, la météo, et les situations sociales simples.
Exemples :
– 家族 (kazoku, famille)
– 兄弟 (kyōdai, frères et sœurs)
– 雨 (ame, pluie)
– 勉強 (benkyō, études)
Niveau N3 : Le pont vers l’autonomie (environ 650 kanji)
C’est le niveau charnière. Avec 650 kanji, vous commencez à lire des mangas simples (ceux avec des furigana, les petites aides à la lecture) et à comprendre des articles de blog simples. Vous sortez de la zone « débutant ».
Niveau N2 : Le niveau professionnel (1 000 – 1 200 kanji)
C’est souvent le niveau requis pour travailler au Japon. Avec un peu plus de 1 000 kanji, vous êtes fonctionnel dans un environnement professionnel standard. Vous avez atteint le seuil des 90% de compréhension mentionné plus haut.
Niveau N1 : L’expert (2 000+ kanji)
Ce niveau correspond à la liste des Jōyō Kanji complète, plus quelques ajouts. C’est le niveau nécessaire pour lire de la littérature complexe, des articles académiques ou juridiques.
La règle des 80/20 appliquée aux idéogrammes
Le principe de Pareto s’applique parfaitement ici : 20% des kanji produisent 80% du sens. Il ne faut pas apprendre les caractères au hasard ou dans l’ordre du dictionnaire.
Concentrez-vous sur les « radicaux » et les kanji constructeurs. Par exemple, le kanji de l’arbre 木 (ki) est fondamental. Une fois acquis, vous le retrouvez partout :
– 林 (hayashi) : le bosquet (deux arbres).
– 森 (mori) : la forêt (trois arbres).
– 休む (yasumu) : se reposer (une personne 人 contre un arbre 木).
Apprendre intelligemment signifie identifier ces briques élémentaires. Un caractère complexe n’est souvent qu’un assemblage de kanji simples que vous connaissez déjà.
Les noms propres et les cas particuliers
Il existe une difficulté supplémentaire : les noms de famille et les prénoms. Le gouvernement japonais autorise une liste supplémentaire appelée Jinmeiyō Kanji (人名用漢字, じょうようかんじ), spécifiquement pour les noms.
Ces caractères ne sont pas toujours utiles pour lire le journal, mais ils sont très fréquents sur les cartes de visite ou les génériques de films. Par exemple, le nom de famille « Tanaka » s’écrit 田中 (Rizière + Milieu). Ce sont deux kanji très basiques. Mais d’autres noms utilisent des lectures rares ou des caractères anciens. Comprendre ces spécificités fait partie intégrante de la découverte de la culture japonaise, où le nom porte souvent une signification liée à la nature ou à l’histoire locale.
Faut-il savoir les écrire ou les lire ?
C’est une distinction moderne qu’il faut prendre en compte. À l’ère du numérique, nous écrivons de moins en moins à la main. Sur un smartphone ou un ordinateur, vous tapez en phonétique (rōmaji) et le logiciel propose le bon kanji.
Votre priorité absolue doit être la reconnaissance (lecture).
Savoir que 憂鬱 signifie « mélancolie/dépression » (yūutsu) est utile. Savoir l’écrire de mémoire trait par trait l’est beaucoup moins, car même beaucoup de Japonais natifs l’oublient et utilisent leur téléphone pour vérifier.
Ne bloquez pas votre progression parce que vous n’arrivez pas à mémoriser le tracé exact d’un kanji complexe. Si vous savez le reconnaître dans une phrase, passez au suivant. Vous reviendrez sur l’écriture manuelle plus tard si vous souhaitez perfectionner votre calligraphie.
Stratégie concrète pour démarrer
Pour ne pas se noyer sous la masse, voici une méthode simple pour vos 100 premiers kanji :
1. Les nombres (1-10, 100, 1000, 10000) : Ils sont simples et immédiats.
2. Les éléments naturels : Feu (火), Eau (水), Terre (土), Soleil (日), Lune (月). Ce sont aussi les jours de la semaine.
3. Les directions : Haut (上), Bas (下), Gauche (左), Droite (右), Milieu (中).
4. Les verbes d’action majeurs : Manger, Boire, Voir, Écouter, Parler.
5. Les adjectifs opposés : Grand/Petit (大/小), Nouveau/Vieux (新/古).
Fixez-vous un objectif de 2 à 3 kanji par jour. En trois mois, vous aurez couvert le niveau N5.
L’importance du contexte
Un kanji seul a rarement un sens unique. Sa lecture change selon ce qui l’entoure.
Prenez le kanji du soleil : 日.
– Seul, il se lit « hi » ou « nichi » (le soleil, le jour).
– Dans « Dimanche » (日曜日), il apparaît deux fois et se lit différemment : nichi-yō-bi.
– Dans « Japon » (日本), il se lit ni (Nihon).
N’apprenez pas les lectures par cœur de façon isolée (« On-yomi » et « Kun-yomi »). Apprenez des mots entiers.
Apprenez que « Japon » se dit « Nihon » et s’écrit 日本. C’est beaucoup plus efficace que d’essayer de retenir toutes les prononciations théoriques du caractère 日.
Le nombre de kanji à apprendre dépend donc entièrement de votre objectif. Pour du tourisme, 100 suffisent. Pour vivre sur place, visez les 1 000. Pour tout lire sans entrave, le chemin vers les 2 000 est long mais passionnant. Commencez petit, soyez régulier, et les signes qui vous semblent aujourd’hui être des dessins indéchiffrables deviendront bientôt des mots familiers.