En bref
- Le contexte est roi : Le sujet est souvent omis si l’interlocuteur comprend de qui on parle.
- Variété des « Je » : Le choix (Watashi, Ore, Boku) dépend du genre et du niveau de politesse.
- Le piège du « Tu » : Évitez « Anata ». Préférez le Nom + Suffixe (ex: Tanaka-san).
- Genre et hiérarchie : Ces deux facteurs déterminent quel pronom utiliser.
- Double sens : Kare (il) et Kanojo (elle) signifient aussi « petit-ami » et « petite-amie ».
Les pronoms personnels japonais fonctionnent différemment du français. Ils changent selon qui parle, à qui l’on s’adresse et la relation sociale entre les deux personnes. Choisir le bon mot est une question de positionnement social autant que de grammaire.
L’art de l’omission : le sujet invisible
La première règle à retenir sur les pronoms japonais est qu’on ne les utilise pas systématiquement. En français, dire « mange une pomme » est incorrect. En japonais, c’est la norme.
Si le contexte est clair, supprimez le pronom. Si quelqu’un demande :
元気ですか (Genki desu ka – Est-ce que [tu] vas bien ?), la réponse naturelle est :
はい、元気です (Hai, genki desu – Oui, [je] vais bien).
Ajouter « Watashi wa » (Je) au début de cette phrase sonnerait peu naturel, voire insistant. On utilise le pronom personnel principalement pour :
- Clarifier le sujet s’il y a ambiguïté.
- Mettre l’emphase (Moi, je pense que…).
- Se présenter pour la première fois.
Pour lire et comprendre ces nuances dans les textes, la maîtrise des systèmes d’écriture japonais est un atout majeur, car les pronoms s’écrivent souvent en kanji.
Dire « Je » : se définir par son langage
Il n’existe pas un seul mot pour dire « je », mais une multitude d’options qui définissent votre identité et votre rang social.
Watashi (私) : Le standard
C’est le terme le plus courant. Il s’écrit 私 et se prononce watashi.
- Pour qui : Tout le monde.
- Usage : Formel pour les hommes, standard pour les femmes.
- Contexte : Travail, inconnus, vie quotidienne.
C’est le choix de sécurité. Si vous hésitez, utilisez watashi.
Watakushi (私) : La version très polie
Il s’écrit avec le même kanji que watashi (私) mais se prononce watakushi.
- Pour qui : Hommes et femmes.
- Usage : Très formel.
- Contexte : Discours officiels, excuses formelles, service client, entretiens d’embauche.
Boku (僕) : Le masculin doux
Ce pronom s’écrit 僕 et se lit boku.
- Pour qui : Principalement les hommes et les jeunes garçons.
- Usage : Poli mais moins distant que watashi.
- Contexte : Entre amis, avec des collègues de même rang, ou pour montrer une certaine humilité.
Dans la pop-culture, certaines filles « garçon manqué » (boku-kko) l’utilisent, mais c’est rare dans la réalité.
Ore (俺) : Le masculin viril
Il s’écrit 俺 et se prononce ore.
- Pour qui : Hommes uniquement.
- Usage : Familier, parfois vulgaire ou arrogant selon le contexte.
- Contexte : Entre amis proches, en famille, ou pour affirmer sa masculinité.
Attention : Ne jamais utiliser ore face à un supérieur hiérarchique ou un inconnu. Cela serait perçu comme un manque d’éducation flagrant. C’est le pronom favori des héros de shōnen manga (comme Naruto ou Luffy), mais la vie réelle demande plus de tact.
Atashi (あたし) : Le féminin décontracté
C’est une version raccourcie de watashi. Il s’écrit souvent en hiragana あたし.
- Pour qui : Femmes.
- Usage : Familier et « mignon ».
- Contexte : Entre copines, en famille.
Il donne une tonalité douce et féminine à la phrase.
Jibun (自分) : Le neutre ou militaire
Il s’écrit 自分 et signifie littéralement « soi-même ».
- Pour qui : Souvent les hommes, athlètes, ou militaires.
- Usage : Distant, discipliné.
- Contexte : Monde du sport, police, armée, ou au travail pour éviter la nuance trop douce de « boku » ou trop rude de « ore ».
| Pronom | Genre principal | Niveau de politesse |
|---|---|---|
| Watakushi (私) | Neutre | Très formel |
| Watashi (私) | Neutre | Standard / Formel |
| Boku (僕) | Homme | Standard / Familier |
| Ore (俺) | Homme | Familier / Vulgaire |
| Atashi (あたし) | Femme | Familier |
Dire « Tu » : Le terrain miné
C’est ici que la plupart des francophones commettent des erreurs. Le concept de « vouvoiement » ou « tutoiement » direct n’existe pas de la même façon. S’adresser à quelqu’un par un pronom est souvent considéré comme impoli ou distant.
La règle d’or : Nom + Suffixe
Au lieu de dire « Est-ce que tu veux du café ? », les Japonais disent « Est-ce que Tanaka-san veut du café ? ».
On utilise le nom de famille (ou le prénom pour les proches) suivi d’un suffixe honorifique :
- San (さん) : Monsieur/Madame/Mademoiselle (Standard).
- Kun (君) : Pour les garçons ou les subordonnés.
- Chan (ちゃん) : Pour les enfants, les animaux, ou les amies proches.
- Sensei (先生) : Pour les professeurs, médecins, auteurs.
Anata (貴方) : Le faux ami
Les manuels débutants enseignent anata (あなた) comme traduction de « tu/vous ». C’est techniquement vrai, mais socialement risqué.
- Problème : Utilisé vers un inconnu, c’est distant. Utilisé vers un supérieur, c’est impoli.
- Usage spécifique : Les femmes l’utilisent parfois pour s’adresser à leur mari, avec le sens de « Chéri ».
Évitez anata si vous connaissez le nom de la personne.
Kimi (君) : Le « tu » du supérieur
Il s’écrit 君 et se lit kimi.
- Usage : Un supérieur s’adressant à un subordonné, ou entre amis proches (hommes).
- Risque : Ne l’utilisez pas envers votre patron ou un aîné.
Omae (お前) : Le « tu » agressif ou très intime
Il s’écrit お前 et se lit omae.
- Usage : Entre hommes très proches, ou pour parler avec colère à quelqu’un qu’on méprise.
- Risque : Très élevé. À bannir en contexte professionnel ou poli.
Temee (手前) et Kisama (貴様) : Les insultes
Vous les entendrez dans les animes de combat. Temee (てめえ) et Kisama (貴様) traduisent une hostilité ouverte. Ils signifient « enfoiré » ou « espèce de… ». À ne jamais utiliser dans une conversation normale, même pour rire, sauf si vous cherchez la bagarre.
La troisième personne : Il et Elle
Désigner une tierce personne demande aussi de la prudence car les mots utilisés ont un double sens romantique.
Kare (彼) et Kanojo (彼女)
- Kare (彼) : Signifie « Il », mais aussi « Petit-ami ».
- Kanojo (彼女) : Signifie « Elle », mais aussi « Petite-amie ».
Le contexte aide à différencier.
Exemple 1 : 彼は学生です (Kare wa gakusei desu) -> Il est étudiant.
Exemple 2 : 彼女がいますか (Kanojo ga imasu ka) -> As-tu une petite-amie ? (Littéralement : Est-ce qu’il y a une elle ?)
Les alternatives neutres et polies
Pour éviter l’ambiguïté ou pour être plus respectueux, on utilise des démonstratifs liés à la position de la personne.
- Ano hito (あの人) : Cette personne (là-bas). Neutre et courant.
- Ano kata (あの方) : Cette personne (là-bas). Version très polie.
On peut aussi utiliser :
- Kono hito (この人) : Cette personne (près de moi).
- Sono hito (その人) : Cette personne (près de vous).
Les pluriels : Nous, Vous, Ils
Le japonais ne change pas radicalement le mot pour le pluriel. On ajoute simplement un suffixe au pronom singulier.
Le suffixe standard : -tachi (達)
C’est le plus courant et le plus polyvalent.
- Watashi-tachi (私たち) : Nous.
- Anata-tachi (あなたたち) : Vous (groupe).
- Kimitachi (君たち) : Vous (groupe, familier/vers subordonnés).
- Kanojotachi (彼女たち) : Elles.
Le suffixe familier : -ra (ら)
Ajoute une nuance de groupe informel, souvent utilisé avec les pronoms masculins.
- Orera (俺ら) : Nous (bande de potes).
- Bokura (僕ら) : Nous.
- Karera (彼ら) : Ils (C’est le terme standard pour « ils », plus courant que karetachi).
Le suffixe honorifique : -gata (方)
Utilisé pour élever le groupe auquel on s’adresse.
- Anata-gata (あなた方) : Vous (très poli).
- Sensei-gata (先生方) : Les professeurs (respectueux).
La possession : Mon, Ton, Son
Il n’y a pas de mots spécifiques comme « mon », « ma », « tes » en japonais. La logique est beaucoup plus simple : on utilise la particule de possession no (の).
La formule est : Possesseur + no + Objet.
- Mon chat : Watashi no neko (私の猫).
- Ton livre : Tanaka-san no hon (田中さんの本) – Notez l’usage du nom au lieu de « ton ».
- Sa voiture (à lui) : Kare no kuruma (彼の車).
- Notre maison : Watashi-tachi no ie (私たちの家).
Cette construction fonctionne avec tous les pronoms vus plus haut.
- Ore no (familier) : À moi.
- Boku no (doux) : À moi.
C’est exactement la même mécanique que pour les salutations en japonais : apprendre la structure de base suffit pour construire des phrases complexes. Une fois le pronom choisi selon le contexte, ajoutez simplement « no » pour le transformer en possessif.
Tableau récapitulatif des pronoms
Voici un outil visuel pour mémoriser les correspondances rapidement.
| Personne | Poli / Neutre | Familier (Masc.) | Familier (Fém.) | Très Poli |
|---|---|---|---|---|
| Je | Watashi | Boku / Ore | Atashi | Watakushi |
| Tu | Nom + San | Kimi / Omae | Nom + Chan/San | Nom + Sama |
| Il / Elle | Kare / Kanojo | Aitsu (vulgaire) | Kanojo | Ano kata |
| Nous | Watashi-tachi | Orera / Bokura | Atashi-tachi | Watakushi-domo |
Le choix du pronom est un indicateur social puissant qui renseigne immédiatement sur la relation entre les interlocuteurs. Commencez par Watashi et Nom+San, c’est la base solide pour ne froisser personne.